CATECHESE POUR LES JEUNES DE CALAVI, 07 Mars 2021

CATECHESE POUR LES JEUNES DU SECTEUR DE CALAVI

Saint Antoine de Padoue Abomey-Calavi, le 07 mars 2021

Thème : « Jeunesse chrétienne, quel est ton rêve ?

Identité chrétienne et défis actuels »

Chers jeunes des Vicariats d’Abomey-Calavi,

Ma joie est grande de vous rencontrer aujourd’hui, pour la catéchèse initiée à votre intention dans les différentes zones de notre archidiocèse. Soyez les bienvenus ! Je voudrais aussi saluer et féliciter vos aumôniers les Pères Francis ADIMOU et Joël CHANHOUN, prêtres au cœur jeune, joyeux et ardent pour la mission auprès des jeunes. Je salue leur dynamisme et leur engagement au service de la jeunesse, en collaboration avec les aumôniers vicariaux et paroissiaux, ainsi que les différentes coordinations. Que le Seigneur vous donne de porter toujours plus loin l’étendard de la foi!

Mes chers jeunes, si j’ai choisi de m’adresser particulièrement à vous à travers cette catéchèse itinérante dans les diverses zones de notre diocèse, c’est parce que vous constituez à la fois le présent et l’avenir de l’Église. Je viens donc cet après-midi encore, vous encourager et vous confirmer dans la foi et dans votre engagement pour l’Église. Ne soyez jamais des jeunes dilués au milieu des autres jeunes, des figurants, ou encore comme l’écrit le pape François, des photocopies[1]. Je voudrais voir des jeunes au cœur enflammé pour le Christ, et engagés pour le service de l’Église et pour le bien de l’homme. Jésus « l’éternel jeune, veut nous faire don d’un cœur toujours jeune »[2]. Vous pouvez contribuer à la jeunesse de l’Église et du monde, car vous en avez les ressources.

Face aux nombreux défis du monde estudiantin avec le pluralisme religieux et la tendance au relativisme, face aux défis d’une affectivité à maîtriser malgré les sollicitations agressives de la société actuelle, face aux difficultés matérielles, au manque d’emploi stable, comment pouvez-vous poursuivre vos rêves tout en vous appuyant fortement sur votre identité chrétienne ? Car un jeune sans rêve est un vieillard avant l’âge ! « Un jeune (…)doit rêver de grandes choses, chercher de larges horizons, aspirer à plus, vouloir conquérir le monde, (…) souhaiter apporter le meilleur de lui-même pour construire quelque chose de meilleur[3] ». Voilà pourquoi j’ai voulu choisir comme thème de la catéchèse de ce jour : « Jeunesse chrétienne, quel est ton rêve ? Identité chrétienne et défis actuels ».

Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à l’engagement chrétien des jeunes dans l’Église et dans la cité comme expression de leur identité chrétienne selon Christus Vivit. Ensuite, nous nous intéresserons à la pastorale que l’Église entend mettre en œuvre pour accompagner les jeunes dans leur marche. Enfin, en partant des réalités concrètes et actuelles qui sont les vôtres, nous allons essayer d’identifier les défis majeurs qui vous attendent et proposer des approches de solution. Voilà les trois axes majeurs de notre catéchèse de ce jour. Que le Maître intérieur lui-même parle dans vos cœurs et vous dispose à écouter sa voix !

 

  1. L’engagement chrétien des jeunes comme expression de leur identité chrétienne selon Christus Vivit

D’abord, que devons-nous entendre par « identité chrétienne » ?

Dans l’exhortation Christus vivit, le pape ne présente pas de façon thématique la question de l’identité chrétienne. Cependant, il l’aborde en la situant au carrefour de trois affirmations majeures : Dieu t’aime, le Christ te sauve, l’Esprit donne la vie (cf. 111 et suivants). Mettre l’identité chrétienne au carrefour de ces trois affirmations fortes, c’est affirmer qu’être chrétien, ce n’est ni un statut, ni un titre. Au contraire, l’identité chrétienne est définie par cette triple relation avec les Trois personnes Trinitaires : Dieu t’aime, le Christ te sauve, l’Esprit donne la vie. Vous remarquerez que dans ces trois affirmations c’est Dieu qui est le sujet de l’action. C’est dire que si, humainement parlant, c’est chacun de nous qui décide de suivre le Christ, c’est d’abord et avant tout Dieu qui par un appel et un don gratuits, nous constitue chrétiens en entrant en relation avec nous (cf. Jn 15, 16 : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure »). Intéressons-nous donc à cette triple affirmation que l’on peut considérer dans une certaine mesure comme le « trépied » de l’identité chrétienne.

  • Dieu t’aime :

Le pape affirme : Je veux dire d’abord à chacun la première vérité : “Dieu t’aime”. N’en doute jamais, quoiqu’il arrive dans ta vie. Tu es aimé infiniment, en toutes circonstances (112). Dieu nous aime sans condition, sans aucun mérite de notre part. C’est son amour qui nous a sortis du néant et appelés à l’existence. C’est par amour qu’il nous fait don de son Fils Unique. C’est encore par amour qu’il nous appelle à partager sa vie divine. C’est ce qui engendre cette confiance que le pape souligne en ces mots : tu peux te jeter avec confiance dans les bras de ton Père divin, de ce Dieu qui t’a donné la vie et qui te la donne à tout moment. Il te soutiendra fermement et tu sentiras en même temps qu’il respecte jusqu’au bout ta liberté (113). L’amour de Dieu est à la fois l’amour fort d’un père (cf. Os 11, 4), et en même temps l’amour tendre d’une mère. Le prophète Isaïe l’exprime admirablement à travers ces belles paroles : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (Is 49, 15-16). Une autre image de l’amour de Dieu qui rejoint parfaitement votre condition de jeunes, c’est qu’il est parfois exprimé comme l’amour entre deux fiancés : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Is 43, 4). D’ailleurs, tout le livre du Cantique des Cantiques chante l’amour de Dieu pour son peuple et pour chaque homme aussi. Dieu donnera la preuve suprême de cet amour en Jésus son Fils qui nous sauve. C’est la deuxième affirmation majeure.

  • Le Christ te sauve

La deuxième vérité, affirme le pape, est que le Christ, par amour, s’est livré jusqu’au bout pour te sauver. Ses bras sur la croix sont le signe le plus beau d’un ami qui est capable d’aller jusqu’à l’extrême… Ce Christ, qui nous a sauvés de nos péchés sur la croix, continue de nous sauver et de nous racheter aujourd’hui, avec le même pouvoir de son don total. (119-120). Autrement dit, devant le Christ, nous ne sommes pas des êtres anonymes, nous ne sommes pas une masse confuse de gens indistincts. Le Christ sauve chacun de nous personnellement, il est ton sauveur personnel, et son amour pour toi dépasse toutes tes fragilités et tes péchés. Le Chrétien, ce n’est pas celui qui professe la doctrine du Christ : c’est celui qui, étant aimé par le Christ, engage sa vie en réponse à cet amour. Le pape rappelle donc fortement aux jeunes le vrai fondement de leur identité chrétienne en ces mots : Si (…) tu te laisses rencontrer par le Seigneur, si tu te laisses aimer et sauver par lui, si tu entres en amitié avec lui et commences à parler avec le Christ vivant des choses concrètes de ta vie, tu feras la grande expérience, l’expérience fondamentale qui soutiendra ta vie chrétienne. C’est aussi l’expérience que tu pourras communiquer aux autres jeunes. Parce qu’« à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (129). Et cela n’est possible que grâce à l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la vie : c’est là le troisième point.

  • L’Esprit donne la vie

Le pape affirme : « où se trouvent le Père et Jésus-Christ se trouve aussi l’Esprit Saint. (…) C’est lui qui maintient vivante cette expérience de salut (…) Et quand tu le reçois, l’Esprit Saint te fait entrer toujours plus avant dans le cœur du Christ, afin de te remplir toujours davantage de son amour, de sa lumière et de sa force » (130). L’Esprit Saint est celui qui maintient en nous l’ardeur de notre identité. Il est le dispensateur des dons de Dieu. C’est lui qui imprime en nous les grâces sacramentelles et autres dons par lesquels est constituée notre identité chrétienne. Aussi le pape invite-t-il les jeunes à une relation plus étroite avec l’Esprit Saint en disant : « Invoque chaque jour l’Esprit Saint, pour qu’il renouvelle constamment en toi l’expérience de la grande nouvelle. Pourquoi ne pas le faire ? Tu ne perds rien et il peut changer ta vie, il peut l’éclairer et lui donner une meilleure direction (…). Il est la source de la meilleure jeunesse » (132-133).

Mes chers jeunes, à la suite du Saint-Père, je souhaite vivement que vous preniez conscience de votre identité chrétienne fondée sur cette relation particulière avec les Trois personnes divines. Et si votre identité chrétienne se définit par cette relation privilégiée avec Dieu, comment pourriez-vous ne pas la manifester par une participation plus active et plus joyeuse aux œuvres de son Église ? Comment ne pas la manifester par un engagement conséquent aux plans ecclésial, interpersonnel et social ?

En ce sens, au plan ecclésial, le Pape fait remarquer que la vie de communion avec Dieu qu’expérimente chaque baptisé à travers une vie d’amitié toujours renouvelée avec le Christ doit conduire à une vie de communion fraternelle avec les autres au sein du Corps ecclésial que nous formons. En effet, l’Esprit Saint que nous avons reçu « veut nous stimuler pour que nous sortions de nous-mêmes, embrassions les autres par amour et recherchions leur bien. Par conséquent, il est toujours mieux de vivre la foi ensemble et d’exprimer notre amour dans une vie communautaire » en surmontant « la tentation de nous enfermer en nous-mêmes, dans nos difficultés, dans la blessure de nos sentiments, dans nos plaintes et dans notre confort » (164, 166). Dès lors, il est important de sortir d’une conception de l’identité chrétienne comme un statut acquis une fois pour toutes. Au contraire, c’est une relation dynamique, qui nous engage envers Dieu, envers l’Église, envers le prochain et envers la société.

Oui, mes chers jeunes, vous connaissez bien ce passage de la lettre de Jacques : « …Si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? … Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi » (cf. Jc2, 14-18). De la même manière, votre identité chrétienne en tant que jeunes ne peut donner toute sa mesure que dans votre engagement dans l’Église et dans la société. Dans vos différents milieux de vie, surtout en milieu universitaire, vous êtes au contact de plusieurs autres jeunes qui professent une foi différente ou parfois même violemment opposée à votre foi. Parfois même, c’est à l’intérieur de votre propre famille qu’existent des clivages religieux parfois violents. Dans de tels contextes, comment affirmer la spécificité de votre identité chrétienne ? Car vous n’êtes pas les adeptes d’une doctrine, ni d’un culte, ni d’une religion. Ce qui définit votre identité, c’est votre relation particulière avec Dieu le Père qui vous aime, son Fils Jésus qui vous sauve, et l’Esprit Saint qui vous vivifie. Soyez donc des jeunes qui ont du feu dans le cœur et du calme dans l’esprit, des jeunes qui vivent quotidiennement dans l’intimité même de la Sainte Trinité ! Seuls ces jeunes pourront témoigner véritablement du Christ.

Alors je vais vous poser une question et je vous demande de me répondre : serez-vous ces jeunes engagés, qui portent Dieu dans leur cœur, et qui sont prêts à le porter aux autres jeunes ?… Si tel est votre désir, je vais vous dire la pastorale que l’Église entend mettre en œuvre pour vous accompagner sur ce chemin.

  1. L’accompagnement des jeunes à travers une pastorale synodale

Avant même d’aborder la question de l’accompagnement des jeunes, il me semble important de poser le principe de la légitimité de cet accompagnement, même si c’est un principe fortement discuté et même contesté par certains jeunes. Oui mes chers jeunes, je sais combien il peut être difficile pour des personnes de votre âge de concevoir l’importance d’un accompagnement. En effet, la sortie de l’enfance et de l’adolescence s’accompagne d’un certain sentiment d’autonomie et d’indépendance. On veut être affranchi de tout contrôle pour se sentir vraiment libre, et on a tendance à ressentir comme abusif tout accompagnement proposé. Mais c’est une erreur.

Le pape invite les jeunes à ne jamais se fermer à l’accompagnement. En réalité, c’est Dieu Lui-même qui conduit chacun, mais Il désigne ou suscite une personne pour nous accompagner. Dès lors, se fermer à tout accompagnement, ce serait refuser d’être guidé par Dieu.

Les jeunes ont besoin d’être accompagnés par des adultes, à commencer par la famille (242) puis par la communauté ecclésiale. Cela implique, dit le pape, « que l’on regarde les jeunes avec compréhension, valorisation et affection, et qu’on ne les juge pas en permanence ni qu’on exige d’eux une perfection qui ne correspond pas à leur âge » (243). En ce sens, je voudrais insister à nouveau sur la nécessité de ne pas toujours voir les jeunes comme des gens suspects, ne pas jeter sur eux un regard qui juge, qui compare, qui ne voit que les défauts, les accablant de reproches interminables. Non ! Au contraire, il faut les valoriser, savoir les prendre, les comprendre, afin de faire ressortir le meilleur que Dieu a déposé en eux.

Le pape nous invite donc à promouvoir une pastorale synodale, laquelle se veut un « marcher ensemble » qui implique une « mise en valeur des charismes que l’Esprit donne selon la vocation et le rôle de chacun des membres de l’Église, à travers un dynamisme de coresponsabilité » (206). Autrement dit, ce ne doit pas être une pastorale où on donne des ordres et des directives du haut de son piédestal, sans associer nullement les jeunes, sans les aider à exercer et à affiner leur jugement, leur capacité de bien agir. L’objectif ici est de promouvoir l’émergence d’une Église participative et coresponsable capable de mettre en valeur la richesse de la diversité de ses membres, notamment les jeunes dont l’apport dans la vie de l’Église est inestimable.

Étant donné que votre identité chrétienne se fonde sur votre relation personnelle avec Dieu, le pape affirme ceci : « la pastorale des jeunes doit toujours inclure des temps qui aident à renouveler et à approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant » (214). Elle doit aussi amener les jeunes à « vivre en frère, à s’entraider mutuellement, à créer une communauté, à servir les autres, à être proches des pauvres » (215). C’est dire que toute la pastorale des jeunes doit se baser sur le principe de la confiance, être centrée sur la relation des jeunes avec Dieu, pour les conduire à un sens de responsabilité ecclésiale et sociale. De ce point de vue, nos institutions éducatives doivent éviter de se transformer en un “bunker”, en une couveuse artificielle. Autrement, une fois devenus autonomes, les jeunes risqueraient de sentir « une inadéquation insurmontable entre ce qu’ils ont appris et le monde où ils doivent vivre » (221). La plus grande joie de l’éducateur est en effet de voir un étudiant se constituer lui-même comme une personne forte, intégrée, protagoniste et capable de donner. Voilà pourquoi le pape met en garde contre « une pastorale des jeunes aseptisée, pure, marquée par des idées abstraites, éloignée du monde et préservée du toute souillure… » (232).

Pour illustrer l’importance de cette approche pastorale participative, le Saint-Père évoque l’épisode évangélique des disciples d’Emmaüs : Jésus les interroge, les écoute avec patience, les aide à comprendre ce qu’ils sont en train de vivre, à l’interpréter à la lumière des Écritures ; il accepte de s’arrêter avec eux, « il entre dans leur nuit ». Et « ce sont eux qui choisissent de reprendre sans tarder le chemin dans la direction opposée » (237). Permettez-moi, mes chers jeunes, de m’arrêter un instant sur cette image biblique en lien avec l’enseignement du pape.

S’il y a une richesse caractéristique dont vous êtes porteurs, vous jeunes, c’est bien votre vivacité et votre enthousiasme. Quand on demande au pape comment il voit les jeunes, il vous décrit en ces termes : « Je vois un garçon ou une fille au pied agile qui cherche sa voie, qui entre dans le monde et qui regarde l’horizon avec les yeux pleins d’espoir, pleins de l’avenir et aussi d’illusions. Le jeune marche sur ses deux pieds comme les adultes, mais à la différence des adultes, qui les gardent bien parallèles, il en a toujours un devant l’autre, sans cesse prêt à partir, à bondir. Toujours prêt à aller de l’avant… Un jeune est une promesse de vie qui possède par nature un certain degré de ténacité ; il a assez de folie pour pouvoir s’illusionner, tout en ayant aussi la capacité à guérir de la désillusion qui peut s’ensuivre » (139). Mais tout ce trésor de vivacité peut aussi devenir un piège auquel le jeune se prendrait lui-même, s’il ne se fie pas à l’expérience et à la bienveillance de ceux qui ont fait avant lui le chemin. En faisant le chemin d’Emmaüs avec ses disciples, Jésus ne pense pas à leur place ; il ne décide rien à leur place ; pourtant, une fois éclairés par son enseignement et sa présente discrète, ils trouvent la force de reprendre cette nuit-là même le chemin de Jérusalem : soit deux heures de marche ! De la même manière, l’ouverture à un accompagnement discret et efficace, qui vous éclaire et vous recharge intérieurement, c’est le secret d’une jeunesse harmonieuse.

Laissez-vous donc accompagner par des aînés, mes chers jeunes. Cela ne diminue en rien votre liberté. Le pape écrit à ce sujet : les jeunes doivent être respectés dans leur liberté, mais ils doivent être aussi accompagnés(242). Cet accompagnement vise principalement à accueillir, motiver, encourager et stimuler les jeunes (243). Et puisque l’Église a le souci de vous former pour la vie, il faut aussi que se développent « des programmes de leadership jeune pour la formation et le développement continu de jeunes leaders (246). Les bons accompagnateurs ne manquent pas, et ceux qui en possèdent les qualités sont plus nombreux que vous ne le pensez. Le bon accompagnateur doit être « un chrétien fidèle et engagé dans l’Église et le monde, qui cherche constamment la sainteté, quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance, qui ne juge pas, qui écoute activement les besoins des jeunes et y répond avec bienveillance, quelqu’un qui aime profondément avec conscience, qui reconnaît ses limites et comprend les joies et les peines d’un chemin de vie spirituelle » (246).

A la suite du Saint-Père, j’insiste donc pour que chacun de vous ait un accompagnateur. Faites, je vous en supplie, l’expérience des disciples d’Emmaüs : à travers la figure d’un prêtre, d’un religieux, d’une religieuse, (d’un catéchiste, d’un laïc engagé,) le Seigneur veut vous rejoindre pour rendre votre cœur brûlant. La vie est une route qui ne s’emprunte qu’une seule fois. De grâce, pas d’imprudence ni de témérité ! Les meilleurs joueurs du monde ont un entraîneur, peut-être moins célèbre, mais à qui ils doivent leurs succès. Aussi voudrais-je lancer ce mot d’ordre à vous tous : un jeune, un accompagnateur ! Plus de jeunes sans accompagnateur ! Cette marche synodale vous aidera à affronter les différents défis que je souhaite aborder maintenant dans la troisième et dernière partie de cette catéchèse.

3- Jeunes, comment affrontez-vous les défis majeurs aujourd’hui ?

Mes chers jeunes, les défis auxquels vous êtes confrontés sont nombreux et urgents. Et en tant que chrétiens, vous devez avoir votre manière propre de les affronter. Il n’existe pas de solution toute faite, ni de remède miracle. Cependant, la manière dont vous abordez ces défis change dans les résultats que vous pouvez obtenir. Mais avant même d’aborder les approches de solution, commençons par faire un peu l’état des lieux. Quels défis sont les vôtres aujourd’hui ? Sans en présenter une liste exhaustive, on peut les regrouper en trois catégories : les défis liés à la foi authentique, ceux liés à la communion fraternelle (ici nous inclurons les questions d’affectivité) et les défis liés à la bonne gouvernance (ici nous prendrons en compte les problèmes liés aux choix de vie et à l’emploi).

D’abord les défis liés à la foi authentique. Dans plusieurs zones de notre diocèse, on note une résistance farouche, voire violente à l’Évangile et à la foi chrétienne. La forte pesanteur des traditions et cultes ancestraux peut être fortement remarquée aussi bien ici à Calavi que dans la zone lacustre. On peut évoquer ici les différentes divinités qui drainent officiellement assez de monde de jour, et qui en drainent officieusement beaucoup de nuit. Par ailleurs, la forte présence des églises dites évangéliques ou églises du réveil, qui par une prédication agressive et des messages mirobolants semblent offrir des solutions rapides à tous vos problèmes, constitue un défi. Sur un autre registre, vous-mêmes mes chers jeunes, vous désertez parfois les activités spirituelles et formatives organisées pour vous, activités censées vous outiller et vous aguerrir, au profit des activités ludiques et festives.

En ce qui concerne les défis liés à la communion fraternelle, on note parfois parmi vous, jeunes chrétiens, un certain manque de solidarité. L’indifférence peut même parfois se transformer en conflit violent, véritable scandale pour les non catholiques. Sur un autre registre, la communion fraternelle est souvent blessée par un manque de responsabilité dans la gestion de l’affectivité. En effet, entre vous, que de cœurs brisés par des aventures sans lendemain, que de fausses promesses, que de relations amoureuses transformées en inimitiés et en rancunes ! Nous y reviendrons.

Enfin, en ce qui concerne les défis liés à la bonne gouvernance, les talents que Dieu a mis en chacun de vous ne sont pas toujours bien gérés. Le problème de l’emploi demeure pour beaucoup d’entre vous une équation à mille inconnus. Vos choix de vie sont parfois guidés par des orientations politiques souvent hasardeuses. Plusieurs parmi vous, qui auraient pu apporter beaucoup à la Nation et à la société grâce à leurs compétences, sont simplement évincés parce qu’ils refusent d’adhérer à des idéologies ou à des cercles ésotériques. En face de tout cela, comment devez-vous réagir ? Quelle doit être votre stratégie ?

  • D’abord, se rappeler le primat de la foi authentique :

Le Seigneur enseigne dans l’évangile : « que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il doit le payer de sa vie ?” (Mc 8, 36). Ainsi, le point de départ pour les chrétiens que vous êtes, c’est de considérer votre foi comme un préalable non négociable. En tant que jeunes, vous rêvez d’avoir un avenir radieux, d’obtenir un emploi stable et bien payé, de prospérer socialement et de fonder votre foyer. Tout cela est légitime. Mais si votre foi, votre relation avec Dieu ne passent pas avant, vous risqueriez d’être pris dans le mirage des illusions. Aussi est-il important d’avoir des racines solides. Un arbre sans racine ne peut tenir longtemps. Le pape écrit à ce propos ces belles paroles : « J’ai parfois vu de jeunes arbres, beaux, cherchant toujours davantage à élever leurs branches vers le ciel, et qui ressemblaient à un chant d’espérance. Plus tard, après une tempête, je les ai vus tombés, sans vie. C’est parce qu’ils n’avaient pas beaucoup de racines ; ils avaient déployé leurs branches sans bien s’enraciner dans la terre et ils ont cédé aux assauts de la nature. C’est pourquoi je souffre de voir que certains proposent aux jeunes de construire un avenir sans racines, comme si le monde commençait maintenant » (179).

Ne prenez pas le risque de livrer votre vie, de compromettre votre salut, en adhérant à des doctrines hasardeuses, professées avec éloquence et conviction par des vendeurs d’illusion. Surtout dans le milieu universitaire, je sais combien vous êtes exposés au risque des fausses doctrines, proposées à grand renfort de publicité par des prétendus maîtres spirituels qui échafaudent des doctrines éclectiques inspirées de divers courants religieux : ne marchez pas derrière eux, ne les suivez pas ! Pour résister à ces sollicitations, il vous faut avoir des racines solides, à travers une véritable relation personnelle avec Dieu.

Je sais aussi que face aux problèmes de la vie, plusieurs parmi vous sont tentés de se tourner vers certaines confessions chrétiennes qui annoncent un Évangile de la prospérité,  promettant des solutions rapides, une vie sans difficulté, et tout cela au Nom de Jésus le Crucifié ! La pensée de ces confessions chrétiennes dites du réveil pourrait se résumer ainsi : « Jésus pour réussir ». J’en appelle à votre foi et à votre sens critique pour que nous analysions ensemble cette formule. Dire « Jésus pour réussir », c’est affirmer que l’objectif recherché, la fin visée, c’est « réussir ». Le moyen pour atteindre cette fin, ce serait « Jésus ». Ainsi, Jésus n’est plus véritablement le Seigneur à qui nous devons l’adoration, il n’est qu’un moyen pour réussir. Allez-vous vraiment transformer votre Sauveur en simple moyen de réussite ? Encore qu’il n’est pas établi que ceux qui adhèrent à ces mouvements réussissent vraiment. Alors, soyez vigilants et ayez des racines solides.

Sur le registre des cultes ancestraux, je sais bien que plusieurs parmi vous sont fortement influencés par la grande famille ou par leurs propres parents. Mais n’oubliez pas que l’obéissance à Dieu précède et dépasse l’obéissance à la famille et aux parents. Plusieurs intellectuels, même chrétiens, prônent aujourd’hui un certain retour aux cultes et pratiques de nos ancêtres, sous prétexte de fidélité aux traditions de nos pères. Mais laissez-moi vous poser une question : pouvons-nous chercher à être « fidèles à l’infidélité de nos pères » ? Eux qui cherchaient la vraie Lumière à travers les lueurs de leurs croyances, dans l’attente du Christ, la Vraie lumière ? Nous avons pourtant bien accepté de passer des lampes à huile à la lumière électrique. Pourquoi ne passerions-nous pas des lueurs de nos croyances à la Lumière de Jésus-Christ ?

Voilà pourquoi, face à ces différents défis, à ces pièges et à ceux qui vous les tendent, je voudrais vous laisser ces paroles du pape : « ne permets pas qu’ils te volent l’espérance et la joie, (…) pour t’utiliser comme esclave de leurs intérêts. Ose être davantage, car ta personne est plus importante que quoi que ce soit. Il ne te sert à rien d’avoir ou de paraître. Tu peux arriver à être ce que Dieu, ton Créateur, sait que tu es, si tu reconnais que tu es appelé à beaucoup. (…) Ainsi, tu ne seras pas une photocopie. Tu seras pleinement toi-même » (107).

  • La réponse à la deuxième catégorie de défis se situe dans l’engagement pour la communion fraternelle

Mes chers jeunes, je voudrais vous rappeler ici la parole de Jésus en Jn 13, 35 : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». Oui, utilisez la force de votre jeunesse pour vivre une charité fraternelle épanouissante et une solidarité toujours plus généreuse et inventive. Un vrai jeune ne peut pas être une personne fermée, confinée dans son propre monde, individualiste. Le pape met en garde par ces paroles : « les jeunes peuvent courir le risque de s’enfermer dans de petits groupes et se priver des défis de la vie en société […]. Ils sentent qu’ils vivent l’amour fraternel, mais peut-être leur groupe s’est-il changé en un simple prolongement de soi… » (168). La conscience d’appartenir à la même Église devrait créer entre vous un lien plus étroit, qui soit le lieu d’un témoignage visible. Récemment, au cours d’une visite sur une paroisse, j’ai été témoin de la triste scène de deux jeunes catholiques qui ont commencé à échanger des coups de poings, juste devant le portail de la paroisse, sous les regards médusés des passants ! Voilà une étrange manière de manifester la communion fraternelle !

Je rêve, mes chers jeunes, d’une Église jeune, où les jeunes s’entraident spontanément, où des jeunes catholiques aident d’autres jeunes catholiques à s’insérer professionnellement, à monter leurs propres entreprises, non pas dans un esprit de népotisme et de favoritisme, mais dans la transparence et dans un esprit de communion fraternelle. Je vous encourage à vivre cette fraternité active et inventive.

Sur un autre registre, l’occasion me semble excellente, pour aborder l’épineuse question de relations amoureuses mal gérées, qui deviennent le lieu de profondes blessures et de grandes déceptions. La communion fraternelle exige la retenue et la responsabilité dans la gestion de son effectivité : car l’autre avec qui vous entrez en relation n’est pas purement et simplement un partenaire sexuel : c’est d’abord et avant tout un frère, une sœur à aimer et à respecter. Mais j’entends dire que certains jeunes hommes, même parmi vous, considèrent comme un simple loisir la multiplication des relations et des conquêtes. Le même SMS est envoyé simultanément à plusieurs filles, chacune se considérant comme l’unique ! De même, plusieurs jeunes filles acceptent d’entrer dans des relations sans lendemain, allant parfois jusqu’à multiplier elles aussi simultanément les relations, en attendant – entend-on dire – de bien regarder dans le lot pour faire son choix !

Mes chers amis, laissez-moi emprunter une expression au pape François pour vous dire que votre cœur n’est pas « un disque dur » sur lequel vous pouvez enregistrer des données multiples. Par ailleurs, rappelez-vous cette règle d’or : « ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ne le fais pas à autrui » (cf. Mt 7, 12). Abuser de la confiance de l’autre et lui présenter un simulacre d’amour, c’est aussi en quelque sorte offenser Dieu lui-même. Car Dieu est amour et il se reconnaît en tout homme blessé. Enfin, m’adressant à vous jeunes, qui avez fait l’expérience d’une déception amoureuse qui vous a meurtris, je vous demande de garder ces paroles d’un poème cité par le pape : « Si pour être à présent tombé amoureux, j’ai dû être blessé, j’estime qu’il est bon d’avoir souffert ce que j’ai souffert, j’estime qu’il est bon d’avoir pleuré ce que j’ai pleuré »[4]. Demandez à Dieu de vous guérir et d’éclairer votre cheminement vers le mariage.

  • Enfin, les défis liés à la bonne gouvernance des biens et des personnes

Mes chers jeunes, Dieu a mis en vous d’immenses talents. Chacun de vous est une richesse. La vie vous offre d’immenses possibilités. Et même si l’égalité des chances demeure encore un objectif à atteindre, chacun de vous a la possibilité de réaliser de grandes choses, s’il sait gérer au mieux les talents que Dieu lui confie aujourd’hui. Je sais bien que parmi les nombreux problèmes qui vous préoccupent, la question de l’emploi tient une place centrale. C’est une question que je vous invite à aborder avec beaucoup de sérénité.

Commençons par constater que ce problème n’est pas seulement lié à notre pays. Même les sociétés les plus développées rencontrent de sérieux problèmes de chômage et de précarité de l’emploi. Il n’y a donc pas lieu de se décourager ni d’abandonner tout effort. Au contraire plus rude est le combat, plus vive doit être votre détermination. Sauf qu’il vous arrive bien souvent de faire de mauvais choix qui peuvent compromettre votre avenir.

Par exemple, nous savons que dans notre société béninoise, l’accès à l’emploi demeure dans quelques cas lié à l’appartenance à des groupes politiques. La promotion à de hauts postes de responsabilité est parfois conditionnée par l’appartenance à une tendance politique ou à un cercle ésotérique. Face à cela, devriez-vous renoncer à vos racines profondes, renoncer à votre dignité, pour tenter votre chance ? L’engagement en politique est une bonne chose, quand on y garde les vertus chrétiennes. Mais s’engager dans une tendance politique, dans l’unique but de bénéficier d’un parrainage pour obtenir une place au soleil est une option que je ne vous recommande pas. Car l’opinion politique ne saurait varier au gré des intérêts. Si vous, jeunes, apprenez dès maintenant cette manière de concevoir et de vivre la politique, quels acteurs politiques serez-vous demain ? Quelle serait votre attitude face aux biens de l’État à gérer, quand ceux qui vous ont « placés » réclameraient à leur tour des contreparties ?

Par ailleurs, vous savez bien que plusieurs parmi vous tombent souvent dans l’attrait du gain facile. Quand ils sont recrutés dans les sociétés d’État, d’Église ou privées, ils voient dans les biens qui leur sont confiés une manne dont il faut profiter en prenant grassement sa part. Comme vous le dites souvent : « ɖuɖu ɖé mɛ », au risque même de précipiter la société dans le gouffre, au lieu de regarder la gestion de ces biens comme un défi à relever et un lieu de témoignage de bonne gouvernance. Ceux qui s’en sortent indemnes sont abusivement qualifiés d’intelligents. Mais pour vous, il ne doit pas en être ainsi. L’Église vous accompagne autant qu’elle le peut, en offrant plusieurs formations théoriques et pratiques. Je salue ici l’initiative de l’aumônerie de la jeunesse, qui organise des formations en management et soutient aussi des projets de jeunes, afin de vous aider. C’est un signal, un acte prophétique : car l’Église ne prétend pas se substituer à l’État. Mais elle vous apporte des outils pour mieux affronter la réalité et être des témoins du Christ toujours et partout.

Voilà pourquoi, en conclusion, face à tous les défis qui sont là dressés devant vous, je vous exhorte à ne jamais lâcher prise et à ne pas vous couper de vos racines chrétiennes. La tâche ne sera pas facile. Le Seigneur n’a jamais promis la facilité à personne. Et d’ailleurs, les choses les plus nobles dans ce monde ne se font jamais sans sacrifice. Mais vous, soyez des jeunes forts, avec des racines profondes et des convictions fortes. Ayez bien conscience, comme dit le pape, que vous n’êtes pas à vendre. Ceux qui vous proposent des solutions faciles ne sont peut-être rien d’autre que des prédateurs qui cherchent à vous appâter ou à vous acheter. Ne tombez jamais dans leur piège. Le pape vous dit ces paroles fortes : « Jeunes aimés par le Seigneur, vous valez tellement que vous avez été rachetés par le sang précieux du Christ ! Jeunes bien aimés, ” vous n’avez pas de prix! Vous n’êtes pas une marchandise aux enchères! S’il vous plaît, ne vous laissez pas acheter, ne vous laissez pas séduire, ne vous laissez pas asservir par les colonisations idéologiques qui nous mettent des idées dans la tête et, à la fin, nous font devenir esclaves, dépendants, des ratés dans la vie. Vous n’avez pas de prix : vous devez toujours vous le répéter : je ne suis pas aux enchères, je n’ai pas de prix. Je suis libre, je suis libre! Eprenez-vous de cette liberté, qui est celle que Jésus offre”. Regarde les bras ouverts du Christ crucifié, laisse-toi sauver encore et encore » (122-123).

Qu’à l’intercession de Marie, la femme toujours jeune, le Seigneur vous accorde toujours la claire vision de ce que vous devez faire, et la force de l’accomplir, Lui qui vit et règne, maintenant et pour les siècles des siècles.

+ Roger Houngbédji, o.p.

[1] Idem, n°106.

[2] Christus Vivit 13.

[3] N°107.

[4] Francisco Luis Bernárdez, «Soneto», in Cielo de tierra, Buenos Aires 1937