Homélie Dimanche des rameaux et de la passion du Seigneur

Dimanche 28 mars 2021.

Dimanche des rameaux et de la passion du Seigneur.

JMJ au Sanctuaire d’adoration perpétuelle d’Agla Akplomey.

Chers représentants des différentes coordinations paroissiales de la jeunesse diocésaine,

Chers jeunes,

Chers frères et sœurs en Christ,

Nous sommes réunis en ce sanctuaire pour célébrer la trente-cinquième journée mondiale de la jeunesse. Qu’il vous souvienne que l’année dernière, en raison de la fermeture des églises, cette célébration n’a pas pu tenir. Nous sommes heureux de la vivre cette année et d’y méditer la passion du Christ ainsi que le message que le pape nous adresse.

Avant de revenir au contenu de ce message, je voudrais vous rappeler qu’après cette édition, la célébration locale des Journées Mondiales de la Jeunesse ne se tiendra plus le dimanche des rameaux mais plutôt le dimanche du Christ-Roi de l’univers. La prochaine édition est donc prévue pour le dimanche 21 novembre 2021.

Jusqu’en 2023 où vont se tenir les JMJ de Lisbonne, les différents thèmes que nous propose le pape sont centrés sur l’appel à se lever. En partant des méditations de plusieurs passages des Saintes Écritures, le pape nous invite à nous lever pour prendre la route à la suite du Christ. Il nous invite à quitter nos torpeurs et notre manque d’espérance pour servir la cause du Christ.

Le pape François constate avec regret que certains jeunes sont « morts » parce qu’ils ont perdu l’espérance. Dans le même sens, fait observer le Saint-Père : « Il y en a qui vivotent dans la superficialité, se croyant vivants alors qu’ils sont morts intérieurement (Cf. Ap 3, 1) ». Je remarque, moi-même, que dans quelques parties de notre diocèse, la jeunesse vit une certaine démotivation : elle a perdu son dynamisme, l’impulsion de s’impliquer et le courage de se lever.

Cette léthargie est malheureusement manifeste au niveau social comme au niveau spirituel. Et je viens à ce sujet vous poser la question que voici : Chers jeunes, pouvez-vous, à l’âge de vingt ans ne pas mener une vie digne et vous traîner vers le bas en vous contentant de quelques divertissements et en revendiquant quelques miettes d’attention et d’affection de la part des autres ?[1]

À la suite du pape, je viens vous inviter à écouter l’appel que Jésus lance au fils unique de la veuve de Naïm en ces termes : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi » (Lc 7, 14). Cet appel nous concerne tous, jeunes garçons et jeunes filles, responsables actuels de la jeunesse au niveau de nos paroisses ou jeunes en quête de sens pour leur vie.

À l’orée des célébrations pascales, cette invitation garde toute sa teneur d’appel à se réveiller, à quitter les chaines de nos esclavages, à ressusciter et à mener une vie nouvelle à la suite du Christ. La passion du Seigneur l’actualise encore pour nous. Dans le récit que nous venons d’écouter, Jésus adresse à ses disciples cette invitation : « Levez-vous ! Allons ! ». À la lumière de ce récit, trois démarches semblent indispensables pour répondre à l’appel que le Christ nous adresse et que le pape nous rappelle : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ».

La première démarche consiste à Veiller et à prier. Il est saisissant de voir comment les trois disciples, Pierre, Jacques et Jean que le Christ introduit pourtant au cœur de sa passion restent insensibles à l’appel qu’Il leur lance à veiller. L’angoisse du Christ à la veille de sa mort ne se limite pas aux souffrances qui lui seront infligées. Elle s’étend aussi à la lourdeur et à l’indifférence de ses disciples face à la nécessité, voire l’urgence de veiller et de prier.

Jésus est si préoccupé par ce besoin qu’Il le rappelle et l’explique plus d’une fois : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. ». Quand Il revient et trouve ses disciples endormis, Il les exhorte à nouveau : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible ».

Chers jeunes, le sommeil qui alourdit nos yeux aujourd’hui et qui nous empêche de communier à la passion du Christ se présente sous plusieurs facettes. Il se présente sous forme de tentations, de superficialité, d’appels à la consommation et au plaisir. Il prend aussi la forme des instruments de dépendance comme les réseaux sociaux et les smartphones. Le pape François parle en ce sens de « narcissisme numérique diffus qui influence tant les jeunes que les adultes ». Comment comprendre en effet, que plusieurs jeunes soient aujourd’hui si préoccupés par les longues heures à passer sur leurs smartphones qu’ils négligent le précieux temps à consacrer à la préparation de leur avenir ? Si ces choses semblent nous amener à coller à l’air du temps, sachons qu’elles n’ont de valeur que pour un temps. Il nous faut toujours aller à l’essentiel en prenant notre destinée en main, dans la foi, sous le regard de Dieu.

Les grandes tribulations que nous réserve la vie, telles que la trahison, la souffrance et la mort ne trouvent pas de solution dans l’usage de ces idoles. Jésus les a tous victorieusement affrontées en veillant et en priant. Conscient que ses disciples seront aussi soumis à ces épreuves, Il leur recommande de faire de même. Ne sommes-nous pas, nous aussi, confrontés à l’amertume de la trahison, aux blessures de la souffrance et à l’angoisse de la mort ? Débarrassons-nous donc de tout ce qui nous alourdit afin de veiller et de prier comme le Christ nous le recommande. Si nous voulons bâtir notre vie chrétienne sur du Roc qu’est le Christ, aimons la prière.

La deuxième démarche pour répondre à l’appel du Christ à se lever consiste à imiter le Christ dans son abaissement. En tant que jeune, il est tellement plus facile de vivre dans l’illusion et la prétention que de se rendre disponible à la grâce de Dieu. Il est plus facile de compter sur ses diplômes, ses capacités, ses performances et compétences que de s’abandonner à la force qui vient de Dieu.

Dans le récit de la passion nous voyons comment Pierre promet rester un fidèle disciple du Christ en toute circonstance. Il dit avec certitude : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas ». Mais nous avons constaté combien a été maigre le résultat de sa détermination. Avant que le coq ne chante deux fois, il avait déjà renié le Christ trois fois. En disant : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. », Pierre s’élevait au-dessus des autres disciples en comptant malheureusement sur ses propres forces. « Qui s’élève sera abaissé et qui s’abaisse sera élevé ».

L’attitude exemplaire nous est plutôt indiquée par le Christ qui manifeste une parfaite humilité. Saint Paul nous décrit son abaissement dans la deuxième lecture en ses termes : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». Le fait de compter sur ses propres forces, sur ses compétences constitue une fausse route pour tout disciple du Christ. Il vaut mieux compter sur la grâce de Dieu.

Dans son message, le pape François évoque certaines suggestions qui nous sont répétées comme des paroles magiques surtout dans les moments les plus difficiles : « “Tu dois croire en toi-même” “tu dois trouver les ressources en toi”, “Tu dois prendre conscience de ton énergie positive” »[2]. L’obéissance aveugle à ces suggestions ne donne pas un meilleur résultat que la prétention de Pierre. Ce qui nous permet d’être d’authentiques témoins du Christ c’est la foi en Dieu et non la foi en soi même, c’est la collaboration avec grâce de Dieu et non la prétention que nous donnent nos compétences et aptitudes.

La troisième démarche pour répondre à l’appel du Christ à se lever est le témoignage. En invitant tous les chrétiens du diocèse à vivre sous la conduite de l’Esprit Saint pour devenir des communautés chrétiennes plus responsables, structurées et harmonieuses, je comptais sur la part active que chaque chrétien pouvait prendre pour l’édification du Corps du Christ. Vous imaginez combien, je comptais aussi sur votre présence et la participation active de tous les jeunes dans la vie ecclésiale.

La semaine sainte qui s’ouvre en ce jour vous donne l’occasion de poser des actes forts en participant aux différentes célébrations, en vivant les mystères centraux de notre foi, non comme les disciples du Christ qui s’enfuient et abandonnent leur Maître, mais comme le centurion qui devant Jésus crucifié déclare : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » Le centurion était un païen, mais il a suffi qu’il suive Jésus depuis son arrestation jusqu’à sa mort sur la croix pour être entièrement renouvelé, transformé.

Chers jeunes vous ne pouvez pas vivre les événements de cette semaine sainte de façon superficielle. C’est en les vivant tout au moins comme des témoins oculaires que vous pourrez, avec l’adhésion du cœur, en témoigner comme des martyrs, comme ceux qui s’engagent personnellement et entièrement pour la cause du Christ.

Dans le message qu’il nous adresse, le pape nous aide tous à faire un examen de conscience sur la façon dont nous vivons les événements aujourd’hui. Il nous propose de répondre aux questions que voici : « Et mon regard, comment est-il ? Est-ce que je regarde avec des yeux attentifs, ou bien à la manière dont je feuillette rapidement les milliers de photos de mon téléphone portable ou de profils sociaux ? ». Et moi, je complète ces questions en vous demandant : Comment voulez-vous vivre les célébrations de cette Semaine Sainte ? Comme des jeunes distraits par toute chose ou comme des jeunes qui perçoivent l’amour dont le Christ nous aime ?

Pour manifester que nous sommes de jeunes qui répondent à l’appel du Seigneur à nous lever, il nous faudra avoir un regard plus profond de la réalité, un regard qui, au-delà de ce que voient les yeux, est sensible à ce que voit le cœur. C’était le regard du centurion.

Pendant toute cette semaine, il nous faudra avoir ce regard qui voit de près ce que fait le Christ pour chacun de nous durant sa passion-mort-résurrection afin de devenir ses témoins. Que le Christ nous en donne la grâce, Lui qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles, Amen.

[1] Cf. Cf. le message du pape François pour la XXXV journée mondiale de la jeunesse.

[2] Cf. Ibidem.