Jubilé d’argent du Centre de santé à vocation humanitaire sainte Elisabeth de la Trinité

Samedi 12 décembre 2020.

Jubilé d’argent du Centre de santé à vocation humanitaire sainte Elisabeth de la Trinité (OCPSP).

Révérend Père Curé de la Paroisse Ste Joséphine Bakhita

Révérend Père Aumônier adjoint des hôpitaux,

Révérendes sœurs Oblates Catéchistes Petites Servantes des Pauvres,

Chers frères et sœurs membres du corps médical,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Nous célébrons en ce jour, dans la joie et l’allégresse, le jubilé d’argent de ce centre de santé à vocation humanitaire sainte Elisabeth de la Trinité des Sœurs Oblates Catéchistes Petites Servantes des Pauvres. Cette eucharistie nous offre l’occasion de bénir le Seigneur et de Lui rendre grâce pour avoir inspiré aux sœurs OCPSP la création de ce centre, pour chaque malade accueilli et soigné et pour tous les bienfaits accomplis en ce lieu pendant vingt-cinq (25) ans. Le Seigneur a consolidé l’ouvrage initié par les Sœurs pionnières. Il a béni le labeur de tant de jours de veille, de réflexion, de construction et de soins de leurs collaborateurs.

Comme le traduit si bien le psaume 126, « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes » (Ps 126, 1). C’est donc à juste titre que nous offrons au Seigneur ce saint Sacrifice en signe de reconnaissance pour toute grâce reçue de Lui. Le Seigneur fait tout pour nous, éternel est son amour (Cf. Ps 137, 8). Si Cette eucharistie est le creuset où nous Lui exprimons toute notre gratitude, elle est aussi le cadre où nous Lui demandons de poursuivre l’œuvre qu’Il a si bien initiée. Oui Seigneur, nous Te le demandons « n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Ps 137, 8).

La vocation de ce centre s’inscrit parfaitement dans la mission d’évangélisation de l’Eglise. L’annonce de l’évangile reste profondément liée à la nécessité de prendre en compte l’homme intégralement, dans toutes les dimensions de son existence. Le Christ Jésus nous révèle cette nécessité dès les premières heures de sa mission publique. Dans la synagogue de Nazareth, Il présente le contenu de sa mission en ces termes : « le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (Lc 4, 18). L’annonce de la Bonne Nouvelle s’accomplit dans la libération des captifs, dans la guérison qque retrouvent les aveugles, dans la liberté offerte aux opprimés. Tout au long de son ministère public, Jésus tient compte de tout l’homme. S’Il appelle à la sainteté, Il se préoccupe aussi du bien-être et de la santé de ses contemporains. S’Il enseigne longuement les foules, Il appelle aussi ses disciples pour leur dire : « Je suis saisi de compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, ils pourraient défaillir en chemin » (Mt 15, 32).

L’Eglise poursuit cette mission d’évangélisation en veillant, jour après jour, au développement intégral de l’homme. Cette mission d’évangélisation prend en compte tout l’homme et tout homme, spécialement ceux qui souffrent, les pauvres et les déshérités de la société. Comme le précise le saint Pape Jean Paul II dans Ecclesia in Africa, « Entre évangélisation et promotion humaine — développement, libération — il y a des liens profonds. Liens d’ordre anthropologique, parce que l’homme à évangéliser n’est pas un être abstrait, mais qu’il est sujet aux questions sociales et économiques. Liens d’ordre théologique, puisqu’on ne peut pas dissocier le plan de la Création du plan de la Rédemption ».[1]

Ce centre de santé est une illustration parfaite du lien entre l’évangélisation et la promotion humaine. Il est une réalisation concrète qui manifeste la gloire de Dieu, cette gloire qui veut que l’homme soit vivant, que l’homme soit debout[2]. Ce centre réalise le désir du Christ, Bon Berger, qui se donne pour que ses brebis aient la vie, la vie en abondance (Cf. Jn 10, 10). En renouvelant notre action de grâce au Seigneur dont les œuvres se réalisent sous nos yeux, nous félicitons les sœurs OCPSP pour leur disponibilité à poursuivre l’œuvre d’évangélisation, pour leur engagement dans le champ du Seigneur et pour leur combativité sur le chemin du développement intégral de l’homme.

J’exprime aussi ma profonde gratitude à tout le personnel soignant, à tous ceux qui dès le début, et d’année en année, jusqu’à nos jours ont apporté leur pierre à l’édifice. Nous le savons bien, ces murs constituent une petite partie de l’iceberg. Les bâtiments que nous voyons ne sont pas sortis de terre sans sacrifice, sans veille, sans réflexion et sans planification. Pendant vingt-cinq (25) ans, tant de personnes ont reçu des soins, tant de pauvres et de petits ont été sauvés. Chères sœurs, chers membres du personnel soignant, que Dieu vous comble de ses bienfaits. Qu’Il bénisse les membres de vos familles et reste attentif à la réalisation de vos nobles projets.

Tout jubilé « est communément appelé “Année Sainte”, non seulement parce qu’il commence, se déroule et se conclut par des rites sacrés, mais aussi parce qu’il est destiné à promouvoir la sainteté de vie »[3]. Cette célébration nous invite alors à ne pas nous contenter des acquis du passé mais à entrevoir l’avenir au-delà des réalisations actuelles. Le jubilé de ce centre de santé nous offre l’opportunité de nous projeter dans l’avenir.

Nous ne pouvons rester insensibles à la vitesse à laquelle évolue notre monde et au développement de la commune de Calavi. Des urgences nouvelles surgissent et il faudra les identifier et répondre aux attentes de nos populations en poursuivant la construction de ce centre de santé en homme de foi et en acceptant d’accélérer nos pas suivant la cadence où le Seigneur nous lance ses appels. Sa Parole nous instruit et dans le contexte de ce jubilé, elle nous encourage à faire de nouveaux progrès pour mieux servir nos frères et sœurs en humanité.

Les textes proposés pour notre méditation rappellent le rôle prophétique que nous devons jouer en tant que messagers de la Bonne Nouvelle. La première lecture tirée du livre de Ben Sira le Sage nous décrit la figure du prophète comme un lieu d’interpellation pour ses contemporains. « En ces jours-là, le prophète Élie surgit comme un feu, sa parole brûlait comme une torche ».

La spécificité de la mission du prophète Elie réside en cette Parole qui brûle parce qu’elle veut faire revenir aux exigences de l’Alliance et de la Loi. Cette Parole brûle parce qu’elle appelle à la conversion et elle purifie. Elle appelle instamment à corriger le modus vivendi (mode de vie) du monde. Cette Parole refuse les complaisances, les complicités et les compromissions de ce monde. Elle nous appelle au mode de vie proposé par l’Alliance scellée avec Dieu.

La parole brûlante d’Elie est prophétique précisément parce qu’elle prépare chaque homme à cette rencontre avec Dieu et restaure l’harmonie familiale et sociale. Comme l’exprime Ben Sirac le Sage, la mission du prophète Elie réconcilie non seulement l’homme avec Dieu, mais ramène le cœur des pères vers les fils et rétablit les tribus de Jacob. Le salut que vise la Parole prophétique n’est donc pas éthéré. Il n’est pas uniquement céleste ou à venir, il est actuel, concret, palpable et surtout intégral.

La page d’évangile du jour nous montre comment cette mission ne s’est pas arrêtée au moment où le prophète Elie a été enlevé dans un tourbillon de feu. Elle a été poursuivie et Jean Baptiste, le nouvel Elie l’a assumée jusqu’au martyre. Dans ce texte, Jésus nous annonce comment Jean Baptiste est effectivement venu remettre toute chose à sa place. Le Christ nous informe aussi qu’Il va Lui-même souffrir pour l’accomplissement total de cette mission.

En tant que disciples du Christ, nous ne pouvons rester indifférents à l’accomplissement de cette mission pour les hommes et femmes de notre temps. Nous devons nous sentir interpellés pour servir la cause du Christ en œuvrant pour le développement intégral de l’Homme.

A la lumière de la Parole de Dieu de ce jour, quels appels spécifiques recevons-nous du Seigneur pour l’avenir de notre centre de santé ? Quels lieux d’interpellation pouvons-nous identifier pour l’entretien et la croissance de ce centre ? Pour ma part, je peux en énumérer trois : l’amélioration de l’accueil des patients, la bonne gouvernance et la prise de conscience de notre coresponsabilité pour l’avenir de ce centre de santé.

  • D’abord, l’amélioration de l’accueil des patients constitue le premier défi à relever. Un centre qui vise le développement intégral de l’homme doit constamment faire de nouveaux progrès pour que l’accueil des patients force l’admiration. Ce centre de santé est ainsi appelé à révéler que le malade n’est pas seulement un patient à qui il faut donner des médicaments, il est surtout un être fait à l’image et à la ressemblance de Dieu qu’il faut accueillir et soigner.

Chers membres du personnel soignant, accueillir un patient avec sourire et lui appliquer les soins avec prévenance, c’est contribuer à la guérison du corps mais c’est aussi prendre soin de l’âme. Le bel accueil que vous réserverez aux patients commence chez chacun d’eux une thérapie efficace, révèle la différence entre ce centre catholique et les autres centres et provoque des torrents de joie dans le cœur de Dieu dont la mission se réalise à travers vos petits gestes d’attention.

Chers membres du personnel soignant, ne pas se fâcher devant un patient malgré la fatigue au cours d’une journée stressante de travail ou d’une nuit de veille, c’est contribuer à le sauver et à se sauver soi-même. Relever le défi de l’accueil et de l’hospitalité pour les malades, c’est constater que le Seigneur nous fait prendre le chemin de Jérusalem à Jéricho en nous donnant la mission de bons samaritains pour les hommes et femmes, les vieillards et les enfants de notre temps.

Pour réussir une telle mission, il vous sera nécessaire de veiller à vous réconcilier aussi bien avec Dieu qu’avec les autres, à vivre une foi authentique pour que le Seigneur vous donne la force d’agir pour la communion fraternelle. La communion fraternelle ne concerne pas seulement les biens portants. Elle nous rend sensibles à la souffrance de nos frères et sœurs et encourage à prendre soin d’eux.

  • La bonne gouvernance constitue aussi un défi important pour toutes nos structures, qu’elles soient profanes ou ecclésiales. S’il est vrai que depuis vingt-cinq (25) ans, ce centre n’a pas cessé de grandir, il n’est pas moins vrai qu’il reste encore à faire. Vous avez notamment en projet de construire un service de pédiatrie et une maternité. Ce projet pourra se réaliser avec les autres que vous n’avez pas mentionnés, si vous restez déterminés à être des intendants fidèles et avisés. La radicalité et la fécondité de la mission du prophète Elie devraient constituer un idéal poursuivi aujourd’hui encore dans la gestion de nos biens spirituels et matériels. Les comptes rendus de la contribution des patients ne sont pas seulement destinés aux responsables du centre de santé. Ils sont surtout destinés au Seigneur à qui rien n’échappe. Aussi maigre soit-elle, la contribution des patients n’échappe pas à son attention. Souvenons-nous de l’obole de la veuve. Souvenons-nous de l’exhortation que Jésus adressa à ses disciples après la multiplication des pains. Il leur dit : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde» (Jn 6, 12).
  • Chers frères et sœurs, chers membres du corps médical, chers fidèles chrétiens, il est facile en voyant ce centre de santé initié par les sœurs OCPSP de penser qu’elles restent seules détentrices de sa gestion, de son entretien et de son avenir. En réalité, nous partageons tous la responsabilité du progrès de ce centre médical. Notre coresponsabilité constitue le troisième défi qu’il nous faut relever car ce centre de santé apparaît véritablement comme un talent que le Maître confie à chacun. Loin d’être une vache à lait à traire, il représente cette jarre trouée qui ne peut contenir de l’eau sans notre concours. Il est nécessaire que nos doigts contribuent à lui faire porter l’eau vive pour le bien-être des populations de Calavi et des contrées environnantes. Si notre présence en ces lieux manifeste le vif intérêt que nous nourrissons pour le développement de ce centre, nous devons tous rester engagés pour que, dans quelques années, ce centre de santé soit transformé par notre ardeur au travail et par notre souci du sacrifice consenti pour le Christ.

En ce jour de fête et de joie, en ce jour béni où nous rendons grâce à Dieu pour ses bienfaits et où nous Lui confions les nouveaux projets de ce centre, il est important que chacun se dise : l’intendant fidèle et avisé que le Seigneur veut pour ce centre de santé c’est moi !

Puisse le Seigneur nous aider à accomplir sa mission en ce monde pour qu’advienne son Règne de paix. Qu’Il nous aide à agir ensemble de façon coordonnée et responsable pour que ce centre médical dont l’existence contribue au bien-être des populations grandisse et se développe. Qu’Il nous en accorde la grâce, Lui qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !

[1] Pape Jean Paul II, Ecclesia in Africa,n° 68.

[2] Cf. St Irénée de Lyon.

[3] Cf.www.vaticana.va, Jubilé, consulté le 11 décembre 2020 à 12h00.