Nécrologie3 juin 2020

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45 ans du Petit Séminaire Saint Joseph du Lac d’Adjatokpa : l’option fondamentale pour l’auto-prise en charge.

 

 

Créé en (1975-1976), le Petit Séminaire Saint Joseph du Lac d’Adjatokpa célèbre cette année ses 45 ans d’existence. Si par le passé il a pu compter sur le soutien de Rome et le génie de ses recteurs à mobiliser des ressources pour combler le gap financier, il s’avère aujourd’hui impérieux que les Églises locales assument leur responsabilité dans la formation des candidats au sacerdoce au risque de manquer de pasteurs dans l’avenir.

 

1er mai 2021. 126 séminaristes, leurs formateurs et quelques invités dont un groupe d’anciens séminaristes se sont réunis dans la chapelle du Petit Séminaire Saint Joseph du Lac d’Adjatokpa pour la célébration des noces de vermeil de leur maison de formation. Au terme de la messe commémorative présidée par Mgr François Gnonhossou, évêque du diocèse de Dassa-Zoumè, la quête d’action de grâce a permis de récolter environ cinq cent mille francs qui serviront aux besoins du Séminaire. Une telle somme, considérable pour l’occasion, devient dérisoire lorsque l’on tient compte des plus de 650 000FCFA que coûte la formation d’un seul séminariste par an avec les dépenses annuelles qui dépassent les 25 000 0000FCFA.

Au Petit Séminaire d’Adjatokpa comme dans tous les autres séminaires du Bénin, l’auto-prise en charge s’impose. Malgré la modique contribution de 75 000FCFA que chaque sujet en formation se doit de verser comme quote-part, c’est parfois la croix et la bannière avant de faire face aux besoins élémentaires de cette pépinière de vocations au sacerdoce. Les séminaristes eux-mêmes sont conscients des difficultés que rencontrent au quotidien leurs formateurs avant de les sustenter. A ce sujet leur doyen Gédéo Boko de la classe de 3ème et originaire de la paroisse Saint Jean l’évangéliste de Zinvié affirme sans ambages : « Sur le plan gastronomique, nous devons nous prendre en charge». Le recteur de ce Séminaire, le Père Gildas Vigan martèle : « A 45ans, c’est l’âge où on se prend en charge. Et providentiellement nos pères les Évêques ont voulu qu’à partir de cette année 2021, le mois de mai soit dorénavant le ‘‘Mois des Séminaires’’ dans l’optique d’une auto-prise en charge des séminaires par toute l’Église du Bénin à travers toutes ses composantes. »

 

 

« L’homme que je suis devenu aujourd’hui a été façonné ici »

 

Créé en (1975-1976), le Petit Séminaire Saint Joseph du Lac d’Adjatokpa a vu le jour dans l’optique de détacher du grand séminaire Saint-Gall de Ouidah, l’ex-petit séminaire Sainte Jeanne d’Arc de Ouidah à cause de la promiscuité entre Grands et Petits Séminaristes. « Depuis lors, le Petit Séminaire Saint Joseph a fait du chemin et s’est embelli d’infrastructures », applaudit le Père Gildas Vigan. Cette matrice a en effet accueilli de vaillants pionniers prêtres, religieux et laïcs qui ont contribué à la formation de plusieurs générations de prêtres, religieux et cadres à plusieurs niveaux.« Célébrer 45 ans de création, c’est célébrer la reconnaissance au Seigneur pour sa prévenance », reconnaissait Mgr Gnonhossou dans son dans homélie. De fait, certains anciens séminaristes présents aux festivités apportent leurs témoignages. Pascal Mensah Noudofinin se souvient encore de ses premiers pas à Adjatokpa.« J’y ai mis pied, il y a exactement 40 ans. J’ai fait mon entrée au Séminaire en 1981. Tout a changé » note-t-il avec satisfaction. Quant à Jacques Richard Codjo, docteur en Droit Public déborde de gratitude : « J’ai été pensionnaire de ce Séminaire. A chaque fois que je reviens ici, c’est avec beaucoup d’émotions parce que je pense que l’homme que je suis devenu aujourd’hui a été façonné ici. C’est ici qu’on m’a appris tout ce que je revoie aujourd’hui. Mgr Paul Vieira a été pour moi un père et son souvenir demeure toujours vivace en moi.»« C’est une très grande fierté pour moi d’avoir un Séminaire dans ma ville natale ! » s’est exclamé de son côté Dame Agnès Ahouissou, avant d’ajouter : « C’est vraiment une action de grâce. A chaque fois que je mets pied dans ce Séminaire, j’en ressors toujours émue et bénie. »

 

Mais les sentiments de joie et de satisfaction qui s’observaient au cours de la célébration des noces de vermeil ne réussissaient point à occulter les soucis de ce Séminaire. En effet, pour reprendre des forces après d’intenses heures de joute intellectuelle, les futurs prêtres se restaurent dans un réfectoire provisoire servant aussi de magasin pour les matériaux de construction. La raison de cette juxtaposition est toute simple : l’ancien réfectoire est en chantier. « Notre réfectoire coulait avant », confie avec tristesse Gédéo Boko, de la classe de 3ème. Puis il ajoute : « Il faut refaire les bancs, la cuisine et nos lieux d’aisance dont il est nécessaire d’en construire d’autres. » Son jeune frère condisciple Phanick Koudogbo, de la classe de 4ème de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption de Djeffa-centre pense quant à lui qu’il « faut réaménager les locaux, dortoirs et salles de classes. »Pour le néophyte Précieux Alomavo de la paroisse Saint Jean de la Croix de Kpodji-les monts et fréquentant la 6ème, les séminaristes seraient plus heureux si l’on parvenait à « placer des moustiquaires aux fenêtres afin d’empêcher les perturbations de la part des moustiques et des insectes durant les prières. » « Parfois nous voyons des charançons dans les nourritures », regrette de surcroît Mariano Assitavo, de la classe de 5ème de la paroisse Christ Roi Zogbèdji du diocèse de Lokossa.

 

Insuffisance notoire de ressources financières

 

            Le manque de ressources financières pourrait justifier cet état d’inconfort relatif.En effet, le soutien de la Conférence Episcopale du Bénin qui s’élève environ à 4 500 000FCFA et les subsides des Œuvres Pontificales Missionnaires, un organisme de la Curie romaine, qui avoisinent les 8 000 000FCFA par an ne servent qu’à répondre aux besoins urgents. De même, la pension des sujets en formation à elle seule ne suffit point à relever les défis budgétaires annuels. Parfois elle tarde à venir à cause de la précarité de vie de leurs parents qui, malgré le don de leurs fils pour le service de l’Église, se doivent de faire un effort supplémentaire. Marie-Noëlle Adjannohoun, mère de Jean-Jonas Agboklou, séminariste en classe de 6ème de la paroisse Saint Jean Apôtre de Wéga dans l’archidiocèse de Cotonou, reconnaît la peine de certains parents et confie : « C’est vrai qu’il n’est pas facile de payer la pension mais nous nous battons pour le faire. » De son côté, le séminariste Phanick Koudogbo de la classe de 4ème se désole du fait que certains de ses camarades« n’arrivent pas à payer leurquote-part qui est de 75 000FCFA. » « On cotise parfois en promotion pour leur venir en aide », explique son jeune frère de la 6ème, Précieux Alomavo. Mais très souvent, même la solidarité entre les frères d’armes ne suffit guère à arracher le candidat au sacerdoce à la tristesse que pourrait engendrer la perte de sa vocation par défaut de payement de la contribution pécuniaire à sa formation. De fait, les autorités de la maison se voient obligées de convier les parents de ces futurs prêtres ou leurs paroisses de provenance à prendre leur responsabilité en leur venant en aide. Car, « à des moments donnés, note avec amertume Mariano Assitavo de la classe de 5ème, le Recteur se sent contraint de renvoyer certains camarades qui ne parviennent pas à payer leur pension après un moratoire de quelques semaines. » Par conséquent, l’Église locale commence par enregistrer la déperdition des ouvriers que le Seigneur envoie pour la moisson du futur.

 

 

 

L’auto-prise en charge : gage d’un avenir radieux pour les séminaristes

 

            Pour continuer à avoir les ouvriers dans les champs pastoraux du Bénin et dans celui de l’Archidiocèse de Cotonou en particulier, chaque église particulière devra contribuer activement à leur formation. Il s’agira d’évaluer les investissements tant spirituels, humains, matériels et financiers nécessaires et d’y faire face sans compter au prime abord sur la solidarité extérieure. Certains chrétiens l’ont compris et commencent à prendre à bras-le-corps la proposition de la Conférence Episcopale du Bénin d’amener les fidèles à assumer leur responsabilité. Pour cela, les Évêques ont fait du mois de mai le ‘Mois des Séminaires’. Président de l’Association des anciens des Séminaires du Bénin et Enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey Calavi, Euloge Franck Akodjètin dévoile avec promptitude quelques aspects des objectifs de cette association: « En plus des prières que nous allons offrir à Saint Joseph par la Vierge Marie pour les vocations sacerdotales et religieuses, nous pensons faire des collectes et remettre ne serait-ce qu’une enveloppe substantielle à la Conférence Épiscopale pour les Séminaires. » Puis il précise : « Concernant le Séminaire d’Adjatokpa qui célèbre 45 ans aujourd’hui, je crois que très rapidement, nous allons nous rapprocher du père recteur pour recueillir ce qu’il attend de nous en ce qui concerne les besoins vivriers, financiers et autres et quelque chose de consistant sera fait par la grâce de Dieu. ». Marie-Noëlle Adjannohoun, mère de Jean-Jonas Agboklou pense quant à elle à une organisation similaire de la part des parents des séminaristes et suggère : « On pourrait mettre en place, l'association des parents de séminaristes pour mieux penser aux besoins de la maison. » Mais en attendant la mise en place de ces structures, elle ne tarit pas de propositions concrètes :« On peut avoir des vergers dont on vendra les fruits pour aider le Séminaire. On pourrait aussi fabriquer des savons à vendre ou élever les animaux pour leur compte. » De son côté Arsène Oussou, père de l’un des séminaristes, salue la sensibilisation faite à l’endroit de ses fidèles par le Père André Aniou, curé de la paroisse Saint Joseph d’Agbato dans l’Archidiocèse de Cotonou : « Notre curé avait attiré notre attention sur les besoins des Séminaires et on n’y réfléchit afin de voir dans quelle mesure soutenir nos enfants. » Il insiste pour que cette sensibilisation s’étende à toutes les paroisses du Bénin.

Quant aux sujets en formation eux-mêmes, ils ne sont point indifférents au fonctionnement et à la vie de leur maison de formation. En effet, si Gédéo Boko défend l’idée selon laquelle, il faudrait les aider en leur« fournissant les intrants agricoles et des dispositifs pour l’arrosage» afin de faciliter leur auto-prise en charge, Phanick Koudogbo croit qu’en réparant la machine défectueuse qui servait à la production de l’eau potable, « le Séminaire pourrait se prendre en charge en produisant par exemple de l’eau à vendre. » Le Père Recteur Gildas Vigan, reconnaît leur bonne foi et témoigne : « Il est vrai que les petits séminaristes donnent le meilleur d’eux-mêmes pendant les heures de Travail Manuel.” Cependant, beaucoup restent à faire pour une maison qui s’étend sur une dizaine d’hectares et qui regorge d’énormes potentialités.

 

 

 

Michaël GOMÉ

 

 

 

 

 

 

Répartition interne

24 séminaristes en 6ème

39 séminaristes en 5ème

40 séminaristes en 4ème

25 séminaristes en 3ème

128 petits séminaristes

7 prêtres résidents

2 grands séminaristes stagiaires

4 professeurs vacataires

3 religieuses Sœurs de saint Augustin

Un personnel de soutien

 

 

Liste des recteurs

Mgr Marcel AGBOTON (1976 à 1979)

Père Jacques MENSAH (1979-1982)

Mgr Paul VIERRA (1882-1992)

Père Félicien SEBO (1992-1998),

Père Clément SOFFONOU (1998-2002),

Père Damien OGUE (2002-2010)

Père François-Xavier ONIOSSOU (2010-2013)

Père Jacques GNONHOSSOU (2013-2019)

Père Gildas VIGAN (actuel recteur depuis 2019).

 

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