Homélie VENDREDI SAINT 2021

2 avril 2021.

VENDREDI DE LA SEMAINE SAINTE : CELEBRATION DE LA PASSION ET DE LA MORT DU SEIGNEUR.

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Tout au long de la lecture de la Passion, nous avons suivi de bout en bout ce que fut le parcours douloureux de notre Seigneur Jésus-Christ le jour de sa mise à mort: nous avons entendu comment il a été arrêté, condamné, violenté, humilié, crucifié et mis à mort. Jésus a subi cruellement ce mauvais sort bien qu’il n’ait commis aucun forfait. Même Pilate (le Préfet de Judée, représentant du pouvoir romain) trouvait qu’il était innocent, raison pour laquelle, à plusieurs reprises, il cherchait à le relâcher. Mais il se heurta à un refus catégorique des juifs qui ne clamaient que sa mort.

Pilate, du haut de son autorité, aurait bien pu faire valoir le droit, la justice, la vérité et sauver ainsi Jésus des mains de ses oppresseurs. Mais il avait peur (peur de perdre sa carrière, y compris les avantages liés à sa fonction). En effet, face au chef d’accusation qui faisait de Jésus un agitateur politique (ce qu’on appellerait aujourd’hui « un terroriste »), il risquait lui-même d’avoir des ennuis avec le pouvoir impériale de César, au cas où ce dernier apprenait qu’il avait, malgré et contre tout, relâché Jésus. Il préféra donc contenter les juifs plutôt que de s’attirer des ennuis. Jésus, malgré son innocence clairement affichée, était donc livré au bon plaisir des juifs: il était condamné à mort.

Et pourtant Jésus, tout au long de sa vie terrestre, n’avait témoigné que de bienveillance et de bonté : il enseignait les foules partout où il passait (même fatigué, pris de compassion, il les nourrissait à la fois du pain de la parole et du pain matériel. Il guérissait les malades, délivrait ceux qui étaient tourmentés par les esprits mauvais, il ressuscitait des morts, il prenait ouvertement la défense des faibles, des oubliés, des opprimés.

Malgré ces œuvres de bonté et de bienveillance qui témoignaient de sa provenance divine et de son intimité avec Dieu – comme le confessa l’aveugle de naissance : « Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire » (Jn 9, 33) –, malgré tout cela Jésus est condamné à subir la mort la plus ignominieuse qui soit. La question qui surgit est celle de savoir : pourquoi Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu, doit-il subir un tel sort ? Dieu son Père ne pouvait-il pas intervenir pour le protéger et le délivrer? La même question surgit encore en nous aujourd’hui lorsque nous voyons des innocents (les tout petits de nos sociétés, les laissés-pour-compte) subir des injustices de toutes sortes : ils sont maltraités, violentés, torturés, bafoués dans leurs droits, humiliés, mis à mort injustement. Pourquoi l’innocent, le juste (auxquels Jésus s’identifie) doit-il subir ce sort ? A travers la mort brutale et injuste infligée à Jésus, deux choses fondamentales semblent nous être révélées.

D’abord, en acceptant de mourir injustement, Jésus veut révéler aux hommes leurs péchés. Comme nous le rappelle le prophète Isaïe dans la première lecture, parlant du serviteur de Dieu : « C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris ». Jésus est en effet le véritable Serviteur de Dieu qui a accepté de subir le châtiment le plus ignominieux juste pour montrer aux hommes leurs péchés. La prise de conscience de la gravité de leurs fautes pourrait éventuellement provoquer leur retour à Dieu.

Au nombre des péchés révélés par Jésus, nous pouvons d’abord souligner l’endurcissement des juifs. Malgré tout l’enseignement donné par Jésus aux juifs dans les synagogues, dans le Temple de Jérusalem et sur les places publiques, ils sont restés hermétiquement fermés à sa parole, au point de dire que c’est par Béelzéboul, le chef des démons, qu’il expulse les démons (Lc 11, 15). Le péché d’endurcissement des juifs s’explique par leur orgueil spirituel (la résistance à l’Esprit) qui les met en opposition frontale avec Dieu, un péché qui les écarte de la voie du salut (Mt 12, 32).

En effet, Dieu veut bien nous sauver mais il ne peut rien changer dans notre cœur tant que nous n’acceptons d’adhérer à la manifestation de sa vérité (son Esprit) en nous. Il nous faut à tout moment accepter de descendre du haut de nos montagnes d’orgueil pour nous tourner vers Lui et entrer dans sa miséricorde. En nous révélant la monstruosité de nos péchés d’orgueil, Jésus nous invite donc à nous hâter vers le chemin du salut que Dieu son Père accorde à tous ceux qui se tournent véritablement vers Lui.

Un autre type de péché que Jésus nous révèle par sa Passion, ce sont nos lâchetés. Pilate a été lâche lors du procès de Jésus, sinon il aurait pu le relâcher puisqu’il reconnaissait bien son innocence. Le vrai problème de Pilate est de vouloir sacrifier les exigences du droit et de la vérité au profit de ses intérêts éphémères (sa carrière, la raison d’État), ce qui l’amena à condamner un innocent.

Aujourd’hui encore, bon nombre d’innocents sont injustement condamnés à cause de nos lâchetés face à la justice et la vérité à faire valoir. La plupart du temps, nous nous empressons de « retourner nos vestes » tant que nos intérêts personnels sont en jeu. Jésus semble nous inviter à nous décentrer de nos intérêts trop égoïstes pour ne viser que le bien des autres, le bien commun, le bien de la Nation. C’est pour le bien des hommes (le salut de l’humanité) que lui-même n’hésita pas à offrir sa vie en sacrifice pour nous.

Enfin, Jésus par sa Passion nous révèle aussi nos péchés de trahison et de reniement. Ces péchés sont commis par ceux qui sont supposés être très proches de Jésus, tels que les disciples Judas et Simon-Pierre. Malgré leur grande proximité avec Jésus, ils n’ont pas hésité à le livrer et à le renier : l’un ayant perdu toute confiance en Jésus (Judas ne croyait peut-être plus que Jésus soit le Fils de Dieu) et l’autre craignant d’être mis à mort comme Jésus (Simon-Pierre avait peur d’affronter la mort).

Dans notre vie de chrétiens et de disciples du Christ, souvent nous prétendons, comme les deux disciples, être proches de Jésus mais nous le trahissons ou le rejetons par nos multiples contre-témoignages et apostasies : toutes les fois que nous allons consulter le Fa, le Bokonon ou que nous n’hésitons pas à faire partie de telle ou telle confrérie ou groupes ésotériques (Franc-maçon, Rose-Croix, Eckankar, New Age). Jésus nous invite à enraciner notre foi en lui, ce qui nous éviterait d’être ébranlés et de céder au péché de trahison et de reniement.

La deuxième chose que Jésus nous révèle à travers sa Passion et sa mort sur la croix est l’amour incommensurable de Dieu pour l’humanité : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Oui, Jésus n’a pas accepté de mourir uniquement pour révéler à l’humanité ses péchés mais surtout faire découvrir l’amour de Dieu pour l’humanité.

De fait, face aux péchés d’endurcissement de l’homme, de lâcheté, de trahison, de reniement, d’homicide, Dieu n’entend pas abandonner l’homme dans la déchéance. Il lui coûte énormément de voir l’homme se fourvoyer loin de lui, empruntant le chemin de la mort. Dieu préfère prendre sur lui nos péchés et mourir à notre place, pourvu que nous ayons la vie en plénitude. C’est dire que l’amour de Dieu pour l’homme va jusqu’au don total de lui-même (sa vie offerte en sacrifice) pour que l’homme soit sauvé.

Mais alors, il nous faut accueillir cette vie de Dieu, d’où la nécessité pour nous de croire en lui : Dieu a donné son Fils unique « afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle ». C’est dire que notre salut ne s’accomplit pas sans nous : il nous faut nous engager résolument vis-à-vis de Dieu pour voir notre vie renouvelée, transformée.

C’est dans ce sens que l’auteur de l’épître aux Hébreux nous invite à l’obéissance, à l’imitation de Jésus. Ce dernier (qui partage la même condition charnelle que nous) a fait preuve d’obéissance vis-à-vis de Dieu son Père au cœur même de ses souffrances. Et cet exemple est devenu pour tout croyant une voie incontournable donnant accès au salut. De fait, « bien qu’il soit Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ».

Autrement dit, c’est dans l’obéissance de la foi que nous sommes conduits au salut. Celui qui nous montre le chemin de cette obéissance est Jésus qui a partagé notre condition humaine (excepté le péché) et qui a expérimenté dans sa chair les souffrances les plus atroces de la vie humaine, sans pour autant cesser d’obéir à Dieu son Père. Nous sommes invités à fixer nos regards sur lui et à lui emboîter le pas, en tenant ferme l’affirmation de notre foi et en avançant « avec assurance vers le Trône de la grâce ». C’est ainsi que nous pourrons nous aussi donner un témoignage qui aide à l’édification et au salut de notre monde.

En ce Vendredi saint (jour où nous commémorons la Passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ), demandons-lui de nous enraciner profondément dans cette foi afin de devenir pour notre monde des témoins fidèles de sa Passion, sa mort et sa résurrection. Qu’il nous en accorde la grâce, Lui qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !